Rentrée judiciaire : être avocat, bien au-delà de connaître le droit
Par : Me Julie Couture | Publié le : 4 septembre 2026
La rentrée judiciaire marque chaque année un nouveau départ. Les tribunaux reprennent leur rythme et les dossiers progressent. Pour plusieurs justiciables, c’est aussi une importante période de leur vie qui débute ou se poursuit.
C’est l’occasion de réfléchir à l’évolution de notre profession.
Pour moi, après plus de deux décennies de pratique en droit criminel et pénal, une chose est de plus en plus claire : être avocate ou avocat, ce n’est pas seulement connaître le droit. C’est aussi maîtriser ses dossiers, bien sûr. Mais ça signifie également savoir écouter, conseiller, anticiper, s’adapter et comprendre l’humain derrière le dossier.
Derrière chaque dossier judiciaire, il y a un être humain
Pour un avocat criminaliste, un dossier judiciaire est un élément du quotidien. C’est notre travail. Inversement, pour un client, ce dossier peut représenter l’une des périodes les plus importantes et significatives de sa vie. Lorsqu’une personne fait face à une accusation criminelle, celle-ci pourrait avoir des conséquences sur sa liberté, mais aussi sur sa famille, son emploi, sa réputation et son avenir. Son importance ne doit pas être minimisée.
Le rôle des avocats de la défense commence donc par l’écoute. Pour comprendre les faits et la preuve, il est essentiel de comprendre la personne que nous représentons et sa réalité. Il est également important de bien comprendre ce qui est véritablement en jeu pour elle dans ce dossier. Est-ce le casier judiciaire, le permis de conduire, les deux ?
Tous les clients n’ont pas le même parcours, les mêmes ressources, la même éducation, la même aisance à s’exprimer ni la même compréhension du système de justice. Pour certaines personnes, le simple fait de franchir les portes d’un palais de justice est déjà profondément déstabilisant. Les réalités sociales sont différentes pour chacun et notre façon d’accompagner nos clients doit prendre ceci en considération.
Une bonne défense criminelle commence avant le procès
Ce n’est pas lorsque l’avocat se lève pour plaider que débute le travail de la défense. Au contraire, celui-ci commence bien avant le procès, avec la préparation du dossier. L’avocat doit cerner le dossier en analysant la preuve, identifier les enjeux juridiques, anticiper les difficultés et évaluer les différentes avenues possibles. Tout ceci lui permet de bâtir une stratégie qui soit adaptée à la fois au dossier et au client.
L’expérience nous apprend également qu’il n’existe pas qu’une seule façon de défendre un accusé. Un avocat criminaliste doit savoir quand parler, quoi demander, quoi contester, quand négocier et quand se battre. Il existe des dossiers pour lesquels une solution négociée sera la meilleure avenue. Pour d’autres, on préférera contester la preuve et aller jusqu’au procès.
Toutes les batailles ne se gagnent pas de la même façon, et la force n’est pas toujours dans la confrontation.
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L’importance de Savoir lire et décoder une salle d’audience
Il existe une dimension du métier d’avocat criminaliste qui ne s’apprend pas vraiment dans les livres ou sur les bancs d’école. Il s’agit de la capacité à lire une salle d’audience et savoir la décoder. C’est ce qu’on apprend avec le temps et l’expérience : observer, écouter et saisir ce qui se passe dans une salle d’audience. L’art de choisir ses mots et le moment pour les prononcer.
C’est aussi ce qui permet de sentir lorsqu’un message passe ou ne passe pas. Développer l’expérience et la sagesse de savoir quand intervenir et quand se taire.
Cette aptitude à décoder est évidemment très importante devant les tribunaux et dans nos relations avec les différents acteurs du système judiciaire. Mais elle l’est tout autant dans nos relations avec nos clients. Dans un contexte judiciaire, une personne accusée peut réagir avec peur, incompréhension ou colère, simplement parce qu’elle ne possède pas les mêmes outils que nous pour comprendre ce qui arrive. Son avocat doit être capable de le reconnaître et d’adapter sa façon de communiquer avec son client.
C’est là que l’intelligence émotionnelle devient, à mon avis, une véritable compétence professionnelle pour les avocats de la défense.
Savoir soutenir et expliquer, mais aussi confronter
L’avocat de la défense doit donc pouvoir être à l’écoute de ses clients et leur fournir du soutien dans le processus judiciaire qui peut être très déstabilisant ou inquiétant. Cela dit, démontrer de l’empathie ne signifie pas que l’on doive toujours rassurer nos clients. On doit demeurer réaliste.
Certains accusés peuvent avoir de la difficulté à mesurer la force d’une preuve ou les conséquences possibles d’une décision judiciaire. D’autres peuvent refuser complètement d’accepter une réalité qui ne correspond pas à leurs attentes. Le rôle de l’avocat n’est pas de dire à ses clients ce que ceux-ci veulent entendre. Dans certains cas, il faut expliquer en utilisant des exemples concrets ou certaines techniques d’impact pour provoquer une réflexion et permettre une prise de conscience.
Il est donc très important de savoir quand c’est le temps de soutenir, de rassurer, et quand il faut plutôt expliquer et confronter avec respect.
Un excellent juriste peut connaître parfaitement son dossier, mais il doit aussi comprendre l’humain qui se trouve derrière celui-ci.
La réputation d’un avocat se construit un dossier à la fois
La crédibilité d’un avocat et sa réputation ne se construisent pas en une seule grande plaidoirie comme dans les films. Elles sont le fruit d’un travail progressif et de plusieurs éléments : la préparation des dossiers, la qualité des conseils, le respect des engagements et notre façon de traiter les personnes qui nous entourent.
La réputation d’un avocat criminaliste se bâtit également dans ses relations avec ses collègues, les procureurs, les tribunaux et tous ceux qui participent à l’administration de la justice. La compétence juridique et l’expérience devant les tribunaux sont essentielles. Mais l’humanité, le jugement, la rigueur, l’intégrité et la capacité d’adaptation le sont tout autant.
Le droit criminel évolue avec la société
De nos jours, la preuve numérique prend une place considérable dans les dossiers juridiques. Les enregistrements vidéos, téléphones cellulaires, messageries, communications électroniques et autres données informatiques constituent une importante quantité d’informations à gérer et analyser, et cela augmente sans cesse. L’accès à l’intelligence artificielle transforme également nos méthodes de recherche, d’organisation et d’analyse des données.
Bien sûr, ces outils peuvent nous permettre de travailler plus rapidement et efficacement. Mais ils ne remplaceront jamais ce qui constitue le cœur de notre profession : le jugement humain, la relation de confiance avec le client et la responsabilité professionnelle de prendre position lorsque les circonstances l’exigent.
L’utilisation de la technologie peut nous aider à analyser les éléments de preuve et les dossiers judiciaires. Elle ne doit jamais remplacer notre jugement ou notre capacité à comprendre une personne.
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Évoluer comme avocat
Avec les années, l’avocat évolue lui aussi. On apprend à mieux préparer ses dossiers, à anticiper les réactions et à reconnaître plus rapidement ce qui est véritablement important. On apprend aussi à choisir ses batailles et à accepter ce qu’on ne peut pas contrôler. Notre rôle est d’éclairer les choix de nos clients, pas de les faire à leur place. Nous pouvons conseiller, expliquer et parfois confronter dans le but de nous assurer que notre client comprend réellement les enjeux qui se présentent à lui. C’est notre responsabilité. Mais la décision finale lui appartient.
Accompagner un client, c’est aussi savoir respecter ses choix.
Je veux vous remercier en cette rentrée judiciaire
Cette rentrée judiciaire est finalement l’occasion pour moi de dire merci. 🙏
Merci à toutes les personnes qui accordent leur confiance à notre cabinet.
Merci à notre équipe et à toutes celles et ceux qui travaillent avec nous, de près ou de loin.
Merci également à nos collègues, aux procureurs, aux tribunaux et aux différents acteurs du système judiciaire avec qui nous avons le privilège de collaborer.
Chaque personne contribue, à sa façon, à nous faire progresser, nous aider à faire mieux.
Après toutes ces années de pratique, je demeure convaincue d’une chose : notre rôle comme avocat est de reconnaître les endroits où nous pouvons réellement faire une différence et d’y mettre toute notre compétence, notre jugement, notre expérience et notre humanité.
En cette nouvelle année judiciaire, je souhaite à chacun une année empreinte de rigueur, d’humanité, de respect, de confiance et de paix d’esprit.
Bonne rentrée judiciaire à tous. ⚖️
Avocate criminaliste
Couture Avocats