Le témoin oculaire : une preuve malléable ?

Pour la poursuite, rien ne vaut plus qu’un témoin oculaire capable d’identifier le suspect avec certitude.
Pour le jury, rien ne rend leur travail plus facile qu’un témoin oculaire capable d’identifier le suspect avec confiance.

L’impact du témoin oculaire

témoin oculaire
La confiance avec laquelle un témoin oculaire rend son témoignage aura un impact énorme sur le résultat du procès.  Mais que se passe-t-il lorsqu’un témoin, néanmoins confiant, est erroné?Les conséquences sont qu’une personne innocente sera emprisonnée.

En effet,  l’identification de personnes innocentes suite à des séances d’identification ou d’étalage de photos est une cause importante d’emprisonnement injustifiée.

L’introduction des techniques d’analyse d’ADN a validé la préoccupation relativement à des emprisonnements injustifiés suite à de fausses identifications.
Par exemple, un rapport américain pour le National Institute of Justice1 a étudié le cas de 28 personnes ayant obtenu leur remise en liberté basée sur une exonération grâce aux tests d’ADN qui n’existaient pas au moment de leurs condamnations. De ces 28 condamnations injustifiées, 24 personnes avaient été faussement identifiées par des témoins oculaires à partir de séances d’identification ou d’étalage de photos.  Dans tous les cas, la principale preuve de la poursuite était l’identification erronée par ces témoins absolument certains d’avoir pointé du doigt le bon suspect.

Erreur judiciaires possibles

Même la Cour suprême du Canada est consciente que des erreurs judiciaires peuvent naître suite à l’identification d’un suspect faite par un témoin oculaire.  Elle enseigne qu’il est prudent de mettre le jury en garde « sur le fait que le lien existant entre le niveau de confiance d’un témoin et l’exactitude de son témoignage est très ténu. »2

En effet, les recherches tendent à démontrer que la confiance dont font preuve les témoins oculaires lors de leur témoignage d’identification est le facteur le plus important du témoignage en ce qui concerne le jury.  Un témoin oculaire sûr de lui a tendance à amener le jury à le croire à un taux qui excède le taux réel d’exactitude de son témoignage.

Cette réalité est inquiétante lorsqu’on sait que la confiance avec laquelle un témoin oculaire identifie le suspect est facilement malléable. En effet, c’est ce qu’une recherche3 effectuée à l’Université de l’Iowa a établi. Les chercheurs ont fait visionner une bande vidéo de surveillance à 352 personnes. 
Par la suite, les « témoins oculaires » ont tenté d’identifier le malfaiteur armé à partir d’un étalage de photos.  Cependant, la photo du véritable malfaiteur ne se trouvait pas parmi les photos étalées.  Tous les témoins ont identifié un suspect à partir des photos.  Suite à l’identification, les témoins ont reçu soit une réaction positive (« Bien, vous avez identifié le véritable suspect »), soit une réaction négative (« En fait, le suspect est le numéro… »), soit aucune réaction. Les manipulations ont provoqué des effets importants sur tous les témoins relativement à  leur niveau de certitude quant à leur identification, à la qualité de la vue qu’ils ont eu du malfaiteur et à la clarté de leur mémoire des événements.  Les résultats de l’expérience démontrent clairement que les témoins qui ont reçu un commentaire positif étaient plus confiants que les autres témoins  et ils étaient plus disposés à témoigner en Cour. Ils étaient certains d’avoir identifié le bon suspect.  Il est aussi intéressant de noter que le simple commentaire positif a fait en sorte que tout à coup les témoins oculaires affirmaient avoir eu une meilleure vue du suspect, être capable de décrire en détails les traits de son visage et que l’identification s’est faite facilement et rapidement puisque l’image du suspect leur a sautée aux yeux.

Un avocat criminaliste est essentiel

Les résultats de la recherche renforcent donc l’importance d’être représenté par un avocat spécialisé en droit criminel.  En effet, un avocat bien aguerri dans l’art de l’interrogation sera d’une valeur inestimable lorsque viendra le temps de contre-interroger ce témoin oculaire sûr de lui.  Un contre-interrogatoire serré pourra ébranler ce témoin apparemment certain et confiant; et faire en sorte que le jury n’accorde pas un poids démesuré à son témoignage.  Il s’agit de créer le doute raisonnable nécessaire à un acquittement.

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La conclusion? Un contre-interrogatoire efficace peut transformer le témoignage d’un témoin oculaire confiant et crédible en un témoignage dont la valeur probante sera négligeable.

  1. Tel que consulté dans Gary L. WELLS et Amy L. BRADFIELD, “Good, You Identified the Suspect: Feedback to Eyewitnesses Distorts Their Reports of the Witnessing Experience”, dans Journal of Applied Psychology, 1998, Vol. 83, No. 3, p. 360
  2. R. c. Hibbert, [2002] 2 R.C.S. 445, par. 52.
  3. Gary L. WELLS et Amy L. BRADFIELD, “Good, You Identified the Suspect: Feedback to Eyewitnesses Distorts Their Reports of the Witnessing Experience”, dans Journal of Applied Psychology, 1998, Vol. 83, No. 3, 360-376.

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